La campagne d’Égypte, initiée par Napoléon Bonaparte en 1798, fut l’une des expéditions militaires les plus audacieuses de son époque. Son objectif principal était de déstabiliser l’Angleterre, principal ennemi de la France, en coupant la route des Indes utilisée pour le commerce britannique. Mais au-delà des ambitions militaires, cette expédition fut également scientifique et culturelle, car elle permit la redécouverte d’un pays fascinant, à l’origine d’une discipline nouvelle : l’égyptologie.
Au printemps 1798, Napoléon, alors général auréolé de ses victoires en Italie, prit la tête d’une armée de plus de 45 000 hommes, accompagnée de nombreux savants et ingénieurs. Après un passage à Malte, où il prit l’île en à peine quelques jours, la flotte française navigua vers l’Égypte. Le 1er juillet, les troupes débarquèrent sur les côtes égyptiennes et, après une bataille rapide, s’emparèrent d’Alexandrie.
Napoléon avança ensuite vers Le Caire, mais il devait d’abord affronter les Mamelouks, redoutables guerriers qui dominaient l’Égypte depuis des siècles. Le 21 juillet 1798, eut lieu la bataille des Pyramides, l’un des affrontements les plus célèbres de la campagne. Les Français, bien organisés, utilisèrent une formation en carré, qui leur permit de résister aux puissantes charges de la cavalerie mamelouke et d’écraser l’armée ennemie. Cette victoire leur ouvrit les portes du Caire, qu’ils occupèrent peu après.
Mais tandis que Napoléon remportait cette brillante victoire terrestre, un désastre se produisait en mer. Le 1er août 1798, la flotte française, qui mouillait à Aboukir, fut dévastée par l’amiral britannique Horatio Nelson, lors de la bataille navale d’Aboukir. En une nuit, les Français perdirent leur flotte et leur connexion avec l’Europe, les laissant isolés en Égypte. Cette défaite marqua un tournant dans la campagne.
Face à cette situation, Napoléon tenta d’organiser l’administration du pays, mais il se heurta rapidement à une hostilité croissante de la population locale. Le 21 octobre 1798, une révolte éclata au Caire, poussant Napoléon à mener une répression brutale, allant jusqu’à bombarder la mosquée Al-Azhar, où s’étaient retranchés les insurgés. Cette insurrection confirma les difficultés de l’occupation française.
Soucieux de sécuriser son positionnement et d’empêcher les Ottomans de reprendre l’Égypte, Napoléon décida de marcher vers la Syrie en février 1799. Cette nouvelle campagne fut marquée par plusieurs batailles. Il prit Jaffa, où il ordonna l’exécution de milliers de prisonniers ottomans, puis il affronta les Ottomans à Nazareth, avant d’assiéger Saint-Jean-d’Acre. Toutefois, ce siège fut un échec majeur : les forces combinées ottomanes et britanniques résistèrent, et Napoléon dut se replier en Égypte.
De retour sur le sol égyptien, Napoléon remporta une dernière victoire éclatante lors de la bataille terrestre d’Aboukir, le 25 juillet 1799, où il écrasa une armée ottomane débarquée avec le soutien des Britanniques. Mais l’expédition arrivait à son terme. Informé de la situation politique en France, Napoléon prit la décision de rentrer secrètement en octobre 1799, laissant le commandement de l’armée à Jean-Baptiste Kléber.
Pendant encore deux ans, les Français tentèrent de résister, mais ils furent finalement contraints de capituler en 1801, mettant fin à la campagne.
Si la campagne d’Égypte fut un échec militaire, son héritage fut immense. Elle permit la découverte de la Pierre de Rosette, qui ouvrit la voie au déchiffrement des hiéroglyphes par Jean-François Champollion en 1822. Elle donna également naissance à la Description de l’Égypte, une encyclopédie monumentale qui détailla la culture, l’histoire et les monuments égyptiens, posant les bases de l’égyptologie moderne.
