Le canal des pharaons est un ancien canal creusé dans l’Égypte antique pour relier le Nil à la mer Rouge, préfigurant ainsi le canal de Suez. Il permettait des échanges commerciaux entre l’Égypte et des régions comme le pays de Pount, facilitant le transport de marchandises et le développement économique.
Origine et premières constructions
L’histoire du canal remonte à des périodes très anciennes, bien que les sources soient parfois contradictoires. Selon certains auteurs grecs et romains, un premier canal aurait été creusé sous le règne de Sésostris III (vers 1850 av. J.-C.), mais il pourrait s’être limité à une voie d’irrigation navigable uniquement pendant les crues. Une inscription sur le temple de Karnak atteste de son existence sous Séthi Ier (vers 1380 av. J.-C.), bien que son tracé exact reste incertain.
Le canal sous Nékao II
Le pharaon Nékao II (vers 600 av. J.-C.) entreprend la construction ou la restauration d’un canal reliant le Nil aux lacs Amers, mais il ne parvient pas à le prolonger jusqu’à la mer Rouge. Hérodote rapporte que ce projet aurait coûté la vie à 120 000 ouvriers, bien que ce chiffre soit probablement exagéré. Nékao abandonne finalement le projet après avoir consulté un oracle qui lui prédit que le canal profiterait à ses ennemis.
L’achèvement sous Darius Ier
Lorsque l’Égypte passe sous domination perse, Darius Ier (vers 510 av. J.-C.) reprend le projet et parvient à relier le Nil aux lacs Amers. Cependant, la connexion avec la mer Rouge reste limitée à des petits canaux navigables uniquement pendant les crues. Une stèle retrouvée près du lac Amer atteste de son intervention et est aujourd’hui exposée au musée du Louvre.
Les améliorations sous Ptolémée II et Trajan
En 285 av. J.-C., Ptolémée II surmonte les difficultés rencontrées par ses prédécesseurs et rétablit la navigation sur l’ensemble du canal. Il réussit à creuser la section entre les lacs Amers et la mer Rouge, permettant une circulation plus fluide. Plus tard, sous l’Empire romain, Trajan (98 apr. J.-C.) creuse un nouveau canal, reliant Le Caire à Abbassa, où il se connecte à l’ancienne branche de Zagazig.
Fonction et importance économique
Le canal des pharaons servait principalement à :
- Faciliter le commerce entre l’Égypte et l’Orient.
- Transporter des marchandises comme l’or, l’encens et les épices du pays de Pount.
- Améliorer l’irrigation des terres agricoles.
- Renforcer le contrôle stratégique sur les routes maritimes.
Déclin et abandon
Avec le temps, le canal subit des problèmes d’entretien, notamment l’accumulation de sédiments qui obstruent la voie navigable. Sous l’Empire romain, il est progressivement abandonné, remplacé par des routes terrestres plus fiables. Au fil des siècles, il disparaît, jusqu’à ce que l’idée soit reprise au XIXe siècle avec la construction du canal de Suez.
Un héritage durable
Bien que disparu, le canal des pharaons reste un prédécesseur direct du canal de Suez, illustrant les ambitions des souverains égyptiens pour connecter la Méditerranée et la mer Rouge. Son histoire témoigne des grands projets d’ingénierie de l’Antiquité et de l’importance du commerce maritime dans le développement des civilisations.



