Gaspard Monge, né le 9 mai 1746 à Beaune et décédé le 28 juillet 1818 à Paris, est un mathématicien et homme politique français. Il est reconnu pour ses contributions à la géométrie descriptive, à la géométrie analytique et à l’enseignement scientifique. Il joue un rôle clé dans la création de l’École polytechnique et participe à la campagne d’Égypte menée par Napoléon Bonaparte.
Jeunesse et formation
Issu d’une famille modeste, Monge fait ses études chez les Oratoriens à Beaune, où il se distingue par son talent en mathématiques et sciences physiques. À 14 ans, il conçoit une pompe à incendie, démontrant son ingéniosité. En 1762, il poursuit ses études au collège de la Trinité à Lyon, où il enseigne également la physique.
Début de carrière et géométrie descriptive
En 1765, Monge est recruté comme dessinateur à l’École royale du génie de Mézières. Il y développe une méthode graphique innovante pour résoudre les problèmes de défilement en fortification, qui devient la base de la géométrie descriptive. Il est rapidement promu professeur, enseignant les mathématiques, la physique et la topographie.
Reconnaissance scientifique
À partir de 1771, Monge soumet ses recherches à l’Académie des sciences, notamment sur la géométrie différentielle. Il est élu correspondant en 1772 et associé géomètre en 1780. En 1783, il devient examinateur de la Marine, ce qui l’amène à quitter Mézières pour Paris.
Engagement révolutionnaire et politique
Monge accueille avec enthousiasme la Révolution française et adopte des positions radicales. En 1792, il est nommé ministre de la Marine, où il supervise la production d’armes et de navires pour la République. Il est impliqué dans la lutte entre les Montagnards et les Girondins, ce qui le pousse à démissionner en 1793.
Création de l’École polytechnique
En 1794, Monge participe à la fondation de l’École polytechnique, aux côtés de Jacques-Élie Lamblardie et Lazare Carnot. Il y enseigne la géométrie descriptive, contribuant à la formation des ingénieurs et scientifiques qui joueront un rôle clé dans l’essor industriel de la France.
Expédition d’Égypte (1798-1799)
Dès la fin de 1797, Monge est informé du projet d’expédition en Égypte, mais il évite d’en parler à son épouse, qui redoute un nouvel éloignement après 18 mois d’absence en Italie. Lorsque Bonaparte lui rend visite à Paris pour lui annoncer sa décision et solliciter son consentement, elle refuse à plusieurs reprises avant de céder, à condition qu’il rentre sain et sauf au bout de quatre mois. Bien que Bonaparte ait dressé une liste préliminaire de savants en collaboration avec Monge, ce dernier ne peut s’impliquer dans le recrutement, tâche qui revient à Berthollet, qui fait valider les choix auprès de Caffarelli du Falga.
Grâce à une correspondance soutenue avec son épouse, on dispose de nombreux détails sur l’expédition, malgré les défis que représentent l’éloignement et l’incertitude des courriers maritimes. Monge quitte Civitta Vecchia avec Desaix et ses troupes, puis rejoint Bonaparte et l’escadre au large de Malte. Après un débarquement difficile en Égypte, Monge et Berthollet se retrouvent impliqués dans un accrochage à Chebrerys le 13 juillet 1798, où leur courage est salué par Bonaparte dans un rapport au Directoire.
Le 24 juillet, après son entrée au Caire, Bonaparte met en place une commission administrative provisoire, confiée à Monge et Berthollet, pour organiser la gouvernance de l’Égypte nouvellement conquise. Cependant, la flotte française subit un revers majeur le 1er août, lorsque Nelson détruit les vaisseaux à Aboukir. Le lendemain, Bonaparte fonde l’Institut du Caire, placé sous la direction de Monge, Berthollet et Caffarelli. La première séance de l’Institut se tient le 20 août, et Monge est élu président le 23 août.
Le 1er septembre, Monge, Berthollet et Costaz sont chargés de revendre le butin de Malte et du Caire et de le transformer en monnaie. Ils sont nommés inspecteurs de la monnaie. Quelques semaines plus tard, le 6 octobre, Monge organise l’examen de fin d’année pour les jeunes polytechniciens qu’il a emmenés dans l’expédition, devant un jury composé de Fourier, Costaz et Corancez.
Le 21 octobre, une révolte éclate au Caire contre l’occupation française. Monge dirige la défense de l’Institut et encourage ses collègues. De retour d’une expédition sur le Nil, Bonaparte réprime violemment l’insurrection. En décembre, il fonde l’École française du Caire, qui accueille une centaine d’élèves.
Entre le 24 décembre et le 7 janvier, Monge accompagne Bonaparte et plusieurs savants dans une reconnaissance de l’ancien canal de Suez. En février, Bonaparte part en Syrie, accompagné de ses savants favoris, bien que la raison exacte de leur présence reste floue.
Arrivé devant Saint-Jean-d’Acre, Monge souffre de dysenterie, probablement causée par une fièvre typhoïde, qui l’alite pendant trois semaines. Bonaparte lui rend régulièrement visite. Il commence à se rétablir au moment de la retraite et, en mai, alors que l’armée revient en Égypte, Monge constate une hostilité croissante des soldats envers les savants, accusés d’avoir inspiré l’expédition. Certains, qui ne les connaissent pas personnellement, croient que Monge et Berthollet ne forment qu’une seule personne (« Monge-et-Berthollet »), tant leurs noms sont associés.
Alarmé par des informations sur une reprise imminente des hostilités en Europe, Bonaparte décide d’organiser son retour en France en juin 1799. Il fait secrètement préparer des navires, et à la mi-août, Monge et Berthollet sont informés de son plan. Leur changement d’attitude intrigue leurs compagnons d’expédition. Le 17 août, ils quittent le Caire, arrivant sans encombre à Saint-Raphaël le 9 octobre, malgré des périodes de vents contraires. Monge atteint Paris le 16 octobre, après vingt mois d’absence.
Retour en France et fin de carrière
Après la campagne d’Égypte, Monge devient président du Sénat conservateur en 1806 et est fait comte d’Empire en 1808. Il continue d’enseigner à l’École polytechnique et au Muséum national d’histoire naturelle. Cependant, après la chute de Napoléon en 1815, il est exclu des institutions scientifiques et perd son titre de comte.
Héritage et contributions
Monge est considéré comme le père de la géométrie descriptive, une discipline essentielle en ingénierie et architecture. Son travail influence les mathématiques du XIXe siècle et contribue à la modernisation de l’enseignement scientifique en France.



