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Pierre de Rosette

Egyptologie Technique AdministrateurBy Administrateur12 mai 2025Aucun commentaireLecture en 12 min
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La pierre de Rosette est un fragment de stèle de l’Égypte antique qui a joué un rôle clé dans le déchiffrement des hiéroglyphes au XIXe siècle. Gravée en 196 av. J.-C., elle porte un décret du pharaon Ptolémée V, rédigé en deux langues (égyptien ancien et grec ancien) et trois écritures : hiéroglyphes, démotique et alphabet grec.

Découverte et histoire

À l’origine exposée dans un temple, la pierre fut déplacée et réutilisée comme matériau de construction dans la ville de Rosette, située dans le delta du Nil. Elle fut redécouverte le 15 juillet 1799 par le lieutenant Pierre-François-Xavier Bouchard lors de la campagne d’Égypte menée par Napoléon Bonaparte. Rapidement, elle suscita l’intérêt des savants européens, car elle représentait le premier texte égyptien bilingue connu.

Après la défaite française en Égypte, la pierre devint une possession britannique en 1801 et fut transportée à Londres, où elle est exposée au British Museum depuis 1802.

Déchiffrement des hiéroglyphes

La première traduction du texte grec fut réalisée en 1803, mais il fallut attendre 1822 pour que Jean-François Champollion annonce le déchiffrement des hiéroglyphes. Les étapes clés de cette avancée furent :

  1. La reconnaissance que la pierre contenait trois versions du même texte (1799).
  2. La découverte que le texte démotique transcrivait phonétiquement des noms étrangers (1802).
  3. La compréhension que les hiéroglyphes utilisaient aussi des caractères phonétiques pour écrire des mots égyptiens (Champollion, 1822-1824).

Rivalités et controverses

Depuis sa redécouverte, la pierre de Rosette a été au cœur de nombreuses rivalités nationales. Son transfert de la France à l’Angleterre durant les guerres napoléoniennes a suscité des tensions. De plus, le rôle respectif de Thomas Young et Champollion dans son déchiffrement a fait l’objet de débats. Depuis 2003, l’Égypte réclame officiellement son retour dans son pays d’origine.

Autres découvertes similaires

Bien que la pierre de Rosette ait été essentielle dans la compréhension des hiéroglyphes, elle n’est plus une pièce unique. D’autres décrets ptolémaïques, comme le décret de Canope et le décret de Memphis, ont été retrouvés, confirmant l’existence de textes bilingues et trilingues dans l’Égypte antique.

Description physique

La pierre de Rosette est une stèle en granodiorite, souvent confondue avec du basalte ou du granite. Elle mesure 112,3 cm de haut, 75,7 cm de large et 28,4 cm d’épaisseur, avec un poids estimé à 760 kg. Ses inscriptions sont réparties en trois sections :

  • Hiéroglyphes égyptiens en haut.
  • Écriture démotique au centre.
  • Grec ancien en bas.

Importance historique

La pierre de Rosette a permis de redécouvrir la langue des anciens Égyptiens, ouvrant la voie à l’égyptologie moderne. Son rôle dans la compréhension des hiéroglyphes a été fondamental pour l’étude de la civilisation égyptienne et son patrimoine.

Le décret de Memphis est proclamé à une période de turbulences pour l’Égypte. Ptolémée V, fils de Ptolémée IV et d’Arsinoé III, monte sur le trône en 204 av. J.-C., alors qu’il n’a que cinq ans, à la suite du décès soudain de ses parents, probablement victimes d’un complot orchestré par Agathocléa, la maîtresse de Ptolémée IV. Les conspirateurs gouvernent en son nom jusqu’à ce qu’une révolte éclate en 202 av. J.-C., menée par le général Tlépomus, conduisant à l’exécution d’Agathocléa et de sa famille par la foule d’Alexandrie. Tlépomus prend alors la régence, mais il est remplacé en 201 av. J.-C. par Aristomène d’Alyzie, premier ministre au moment de la promulgation du décret.

Pendant ce temps, les conflits internes profitent aux puissances étrangères. Antiochos III, roi séleucide, et Philippe V, roi de Macédoine, s’allient pour s’emparer des possessions égyptiennes en Asie Mineure. Philippe conquiert plusieurs territoires en Carie et en Thrace, tandis qu’Antiochos remporte la bataille de Panion (198 av. J.-C.), annexant la Cœlé-Syrie et la Judée. En parallèle, une rébellion éclate dans le sud de l’Égypte, se poursuivant depuis le règne de Ptolémée IV. C’est dans ce contexte de crises que Ptolémée V, âgé de douze ans, est officiellement couronné, entraînant la publication du décret de Memphis.

Un décret religieux et fiscal

La pierre de Rosette fait partie d’une tradition de stèles de donation utilisées depuis l’Ancien Empire pour présenter les exemptions fiscales accordées aux prêtres. Contrairement aux anciennes pratiques où le roi publiait lui-même ces décrets, celui de Memphis est promulgué par les prêtres, garants des traditions. Il annonce que Ptolémée V a fait don d’argent et de céréales aux temples et qu’il a endigué une crue du Nil afin d’aider les agriculteurs. En reconnaissance, les prêtres s’engagent à célébrer chaque année l’anniversaire et le couronnement du roi, ainsi qu’à le vénérer comme un dieu.

La partie grecque de la pierre commence ainsi : « Le nouveau roi, ayant reçu le royaume de son père… » Le décret précise que des copies écrites en trois langues (hiéroglyphes, démotique et grec) doivent être placées dans chaque temple.

Un enjeu politique et religieux

Les grands prêtres de Memphis, responsables des cérémonies de couronnement, jouent un rôle essentiel. Leur soutien est crucial pour asseoir la légitimité du jeune roi. Le choix de Memphis comme lieu de publication, plutôt qu’Alexandrie, reflète cette volonté de s’attirer la faveur des élites religieuses. Bien que les souverains ptolémaïques parlent grec, le décret inclut des passages en égyptien, renforçant son importance auprès du peuple par l’intermédiaire des prêtres.

Origine et redécouverte

La stèle d’origine ne provenait probablement pas de Rosette, mais d’un temple plus éloigné, peut-être à Saïs. Son temple aurait fermé en 392 sous Théodose Ier, lorsque l’empereur romain interdit les cultes non chrétiens. Plus tard, la stèle fut brisée, et son fragment le plus grand devint la pierre de Rosette. Au XVe siècle, le sultan mamelouk Qait Bay l’intégra aux fondations d’une forteresse, réutilisant la pierre comme matériau de construction. C’est dans ces fortifications qu’elle fut retrouvée en 1799.

Depuis, deux autres exemplaires du décret de Memphis ont été découverts :

  • La stèle de Nubayrah,
  • Une inscription dans le temple de Philæ.

Contrairement à la pierre de Rosette, leurs textes hiéroglyphiques sont intacts, permettant d’affiner l’interprétation des parties manquantes du décret.

Un symbole historique majeur

La pierre de Rosette ne se limite pas à son rôle dans le déchiffrement des hiéroglyphes : elle représente une période de crise politique, les rivalités entre puissances et le lien profond entre la royauté et le clergé égyptien. Son histoire témoigne de la complexité du règne de Ptolémée V et du contexte mouvementé dans lequel ce texte fondamental fut gravé.

Rapidement, il est décidé de réaliser des reproductions de la pierre de Rosette afin d’améliorer son étude scientifique. Le dessin seul étant jugé insuffisant, Jean-Joseph Marcel met au point l’autographie, une technique qui consiste à enduire la pierre d’encre puis à presser du papier dessus, permettant aux inscriptions gravées d’apparaître en blanc sur un fond noir et en miroir. Nicolas-Jacques Conté, de son côté, adopte la chalcographie, où l’encre reste dans les creux, produisant une impression en noir sur fond blanc, toujours inversée. Alire Raffeneau-Delile, quant à lui, réalise un moulage de la pierre. Ces reproductions sont ensuite expédiées à Paris au printemps 1800 par le général Dugua.

Un trésor sous tension

Pendant ce temps, l’expédition française en Égypte prend un tournant. Bonaparte quitte l’Égypte, et son successeur, Kléber, signe un traité de paix en janvier 1800. Les savants français, prêts à rapatrier leurs découvertes, sont retardés par une épidémie de peste. Alors qu’ils s’apprêtent à embarquer, les hostilités reprennent, les obligeant à revenir à terre. En juin 1800, Kléber est assassiné, et Menou prend la tête des troupes françaises. Battu par les Britanniques, il capitule à Alexandrie le 26 août 1801.

Un traité d’armistice est alors négocié, mais John Hely-Hutchinson, général anglais, refuse que les Français conservent leurs trouvailles archéologiques. Une intense bataille diplomatique s’engage entre Menou et Hutchinson, chacun défendu par ses érudits. La pierre de Rosette devient l’objet principal des convoitises, et les Français menacent même de détruire leurs découvertes. Finalement, un compromis est trouvé : les chercheurs français gardent leurs notes, mais dix-sept objets majeurs, dont la pierre de Rosette, deviennent propriété britannique.

Destination : le British Museum

En février 1802, la pierre de Rosette arrive à Portsmouth, avant d’être transférée à la Society of Antiquaries of London, où des copies sont réalisées et envoyées aux principales universités européennes pour étude. À la fin de l’année, elle rejoint le British Museum, où elle est exposée aux côtés des autres trésors pris aux Français.

Déchiffrement : le défi d’un savoir perdu

À la découverte de la pierre de Rosette, la connaissance des hiéroglyphes égyptiens a disparu depuis la fin de l’Empire romain. Ce processus d’oubli s’est déroulé en plusieurs étapes :

  • Dès le IVe siècle, leur usage devient si spécialisé que peu d’Égyptiens savent encore les lire.
  • En 391, l’empereur romain Théodose Ier ordonne la fermeture des temples païens, condamnant définitivement cette écriture sacrée.
  • La dernière inscription hiéroglyphique connue, trouvée à Philæ, est datée de 394.

Les Grecs et les Romains se sont intéressés aux hiéroglyphes, mais aucun ne parlait l’égyptien. Ammien Marcellin et Plutarque les décrivaient comme idéographiques, et Hérodote et Diodore de Sicile les considéraient comme des signes sacrés. Peu à peu, l’écriture démotique est remplacée par le copte, écrit en alphabet grec, puis supplanté par l’arabe.

Vers une compréhension progressive

Au Ve siècle, Horapollon écrit les Hieroglyphica, un ouvrage influent mais erroné, qui alimente l’idée que les hiéroglyphes sont des symboles ésotériques. De nombreux intellectuels tentent ensuite de les déchiffrer, mais sans succès. Athanasius Kircher, au XVIIe siècle, fait avancer le sujet en affirmant que le copte dérive de l’égyptien ancien, mais ses conclusions restent incomplètes.

Des progrès décisifs surviennent au XVIIIe siècle :

  • William Warburton suppose que les Égyptiens ont utilisé une écriture phonétique.
  • Jörgen Zoega affirme que les hiéroglyphes contiennent eux-mêmes des phonogrammes.
  • Joseph de Guignes suggère que les trois écritures égyptiennes (hiéroglyphique, démotique et hiératique) représentent une seule et même langue.

Déchiffrement du texte grec et démotique

Le texte grec de la pierre de Rosette représente un point de départ pour la traduction des hiéroglyphes. Dès 1800, Gabriel de La Porte du Theil commence l’étude du texte grec à Paris, mais il est remplacé par Hubert-Pascal Ameilhon, qui publie une traduction en 1801. D’autres traductions en latin, allemand et italien suivent.

L’analyse du texte démotique commence avec Antoine-Isaac Silvestre de Sacy, qui cherche à identifier des noms propres et les relier aux hiéroglyphes. Il repère plusieurs mots mais abandonne rapidement son travail. Son élève, le diplomate Johan David Åkerblad, approfondit ses recherches et propose un alphabet égyptien, bien qu’il commette l’erreur de croire que l’écriture est entièrement phonétique.

Ces avancées posent les bases du travail de Champollion, qui mènera à la véritable percée du déchiffrement des hiéroglyphes en 1822.

Silvestre de Sacy abandonne finalement l’étude du texte hiéroglyphique, mais il apporte une contribution essentielle à la compréhension de cette écriture. En 1811, après des discussions sur l’écriture chinoise avec un étudiant, il revisite une hypothèse formulée en 1797 par Jörgen Zoega : les noms étrangers dans les inscriptions égyptiennes pourraient être écrits phonétiquement. Il rappelle également que dès 1761, Jean-Jacques Barthélemy avait suggéré que les caractères hiéroglyphiques contenus dans des cartouches pouvaient désigner des noms propres.

En 1814, répondant à une lettre de Thomas Young, secrétaire de la Royal Society de Londres, sur ses tentatives de déchiffrement, de Sacy lui conseille d’examiner les cartouches et de les comparer aux noms grecs du texte afin d’identifier des caractères phonétiques dans l’écriture hiéroglyphique. Young applique cette méthode et fait deux découvertes majeures :

  1. Il repère les caractères p t o l m e s dans le texte hiéroglyphique (actuellement transcrit p t w l m y s), correspondant au nom Ptolémaios dans le texte grec.
  2. Il remarque des ressemblances entre les hiéroglyphes et certains caractères du texte en démotique, établissant 80 similitudes entre les deux inscriptions.

Cette avancée est capitale : jusqu’alors, on pensait que le démotique et les hiéroglyphes étaient complètement distincts. Young démontre que le démotique est en partie phonétique, tout en incluant des idéogrammes inspirés des hiéroglyphes. Il publie ses conclusions en 1819 dans un long article sur l’Égypte pour l’Encyclopædia Britannica, mais il ne parvient pas à aller plus loin.

L’avancée décisive de Champollion

En 1814, Young échange avec Jean-François Champollion, alors professeur à Grenoble, qui travaille déjà sur l’Égypte ancienne. En 1822, Champollion découvre les inscriptions hiéroglyphiques et grecques de l’obélisque de Philæ, étudiées par William John Bankes. Il parvient à identifier les caractères phonétiques du nom Cléopâtre (k l e o p a t r a), ce qui lui permet de construire rapidement un alphabet hiéroglyphique phonétique.

Cette avancée est publiée dans sa Lettre à M. Dacier, adressée à Bon-Joseph Dacier, secrétaire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, à la fin de 1822. Ce document marque une percée majeure dans la compréhension des hiéroglyphes, notamment grâce au tableau de l’alphabet phonétique élaboré par Champollion.

Confirmation et séparation de la pierre de Rosette

Dans un post-scriptum, Champollion suggère que les caractères phonétiques sont utilisés non seulement pour les noms grecs, mais aussi pour les noms égyptiens. En 1823, il confirme cette hypothèse en identifiant les noms des pharaons Ramsès et Thoutmôsis, inscrits dans des cartouches copiés par Bankes à Abou Simbel et envoyés à Champollion par Jean-Nicolas Huyot.

À partir de ce moment, l’étude des hiéroglyphes dépasse la pierre de Rosette : Champollion s’appuie sur de nombreux autres textes pour créer la première grammaire égyptienne et un dictionnaire hiéroglyphique, publiés après sa mort.

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